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Baisses d’impôts 2007 : qui va y gagner vraiment ?

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Contrairement à ce qui a été indiqué, la réforme prévue n’est pas destinée aux catégories moyennes. Le gain est considérable pour les catégories aisées et en particulier les plus riches d’entre elles.

Sommaire :

  • Qui veut payer des impôts ?
  • "Le gain en impôt résultant de la réforme de l’impôt sur le revenu envisagée pour 2007 est considérable pour les catégories aisées et en particulier les plus riches d’entre elles. Un célibataire aux revenus de 25 000 euros mensuels récupérerait donc 6 300 euros selon les estimations réalisées par le syndicat national unifié des impôts, contre 106 euros pour celui dont les revenus mensuels sont de 1 500 euros. Une famille avec des revenus mensuels de 25 000 euros gagnerait 12 700 euros.

    Contrairement à ce qui a été indiqué, la réforme prévue n’est pas destinée aux catégories moyennes (un salarié sur deux touche moins de 1 500 euros pour un temps complet). Les grandes perdantes seront les catégories les plus démunies, en particulier celles qui n’ont plus de lien à l’emploi (notamment les personnes âgées, les femmes seules qui ne travaillent pas, etc.) et qui ne percevront donc pas la hausse de la prime pour l’emploi : soit 12 millions de foyers au total.

    La politique de baisse d’impôt n’a qu’un impact très limité sur la consommation de quelques familles favorisées. Les milliards d’euros ainsi gaspillés par l’Etat en direction de ces catégories rebaptisées "moyennes" (ou "moyennes supérieures" pour certains) auraient permis de construire quelques dizaines de milliers de logements sociaux ou d’améliorer la situation de certains établisssements scolaires...

    Le débat sur le sujet de l’équité de la réforme n’a quasiment pas eu lieu. La plupart des commentaires se sont bornés à reprendre l’information officielle et considérer l’opération du gouvernement comme "équitable", puisque les baisses de l’impôt sur le revenu étaient sensées être contrebalancées par la hausse de la prime pour l’emploi (les simulations utilisées étant quasiment toujours celles proposées à la presse par le ministère de l’Economie). Dans la pratique, les deux effets ne sont en rien comparables et la population qui ne touche pas la prime pour l’emploi est totalement occultée. De quoi encore alimenter le ressentiment des catégories populaires qui toucheront au mieux quelques dizaines d’euros supplémentaires pour l’année."

    - Chiffres 2007, sur le site de l’Observatoire des inégalités.

    Si vous n’êtes pas concerné par le supplément du Financial Times : « How to spend it ? » (Comment le dépenser ?), qui permet aux privilégiés en manque d’imagination de trouver comment utiliser leur richesse... [1], vous pouvez toujours "placer" cet argent auprès d’une association qui saura en faire bon usage et "compenser" les inégalités de l’impôt. Eh oui on en est là...

    Qui veut payer des impôts ?

    Pour refonder la solidarité, il faut comprendre les raisons qui ont conduit à réduire les impôts. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

    Extraits :

    "Renvoyer la faute au politique est une façon assez simpliste de régler la question. Qu’est-ce qui a pu alimenter ce discours ? Pas seulement l’euphorie économique sans précédent de la période 1997-2000 (« la cagnotte »), quasi-oubliée aujourd’hui. Les médias ont joué un rôle non négligeable en le reprenant sans se poser de questions. Puisque gauche et droite s’entendent sur le thème, la presse s’est engouffrée dans cette voie sans trop se poser de questions, se fondant principalement sur des sondages. Parfois de façon orientée, comme encore jusqu’en septembre dernier lors de l’émission France Europe Express, d’où il ressortait que 84 % des Français étaient favorables aux baisses d’impôts (1) … La forme des questions a servi à faire parler les chiffres : on a jamais présenté clairement aux sondés la contrepartie en terme de services collectifs, des réductions d’impôts. [...]

    Il faut une grande dose d’abnégation au citoyen pour répondre « non » à la question « souhaitez-vous que l’on diminue les impôts ? » [...]

    L’impôt sur le revenu est effectivement source d’inégalités qui nourrissent les revendications de baisses. La vitrine redistributrice cache une multitude de « niches fiscales » qui en réduisent la portée réelle [...]

    Un autre facteur majeur est largement ignoré, parfois faute de pouvoir comprendre vraiment son fonctionnement : le système du quotient familial, système que la France est la seule en Europe à encore utiliser. Il permet à une famille de réduire son impôt en proportion de ses revenus et du nombre de ses enfants (4). Cela signifie que la République reconnaît que l’enfant de riche coûte plus cher qu’un enfant de pauvre et qu’il faut lui donner davantage de moyens pour vivre (5). Au passage, en donnant plus aux enfants aisés, elle organise ainsi la reproduction sociale. Ce mécanisme réduit considérablement la charge fiscale des familles.

    Le système français d’impôt sur le revenu est hypocrite : les taux affichés ne sont presque jamais appliqués. Globalement, la France est l’un des pays riches où l’impôt progressif rapporte le moins, comme l’indique tous les ans l’OCDE (organisme qui regroupe les pays riches). Les catégories aisées - si elles savent s’y prendre - n’ont que très peu d’intérêt à aller voir ailleurs pour payer moins cher : d’où le fait qu’aucune étude n’ait réussi à montrer l’existence d’une « fuite » vers l’étranger des catégories aisées."

    - Lire l’article complet de Louis Maurin, sur le site de l’Observatoire des inégalités.

     

    Publié le 10 novembre 2006
    Mis à jour le 26 février 2007
    Article consulté 867 fois.

     


    Notes :

    [1] "Les primes de fin d’année (bonus) distribuées cette année dans les milieux financiers de Londres devraient augmenter de 18 %, pour atteindre la somme record de 7,5 milliards d’euros Selon le Centre for Economics and Business Research (CEBR). Les 335 000 personnes concernées recevront en moyenne 39 000 euros et 4200 personnes devraient toucher plus de 1,5 million d’euros. Pour fêter l’événement, le quotidien britannique Financial Times propose un supplément équivoque « How to spend it ? » (Comment le dépenser ?), qui permet aux privilégiés en manque d’imagination de trouver comment utiliser leur richesse...". Lettre de l’Observatoire des inégalités n°36, novembre 2006

     

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