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C’est "la fête des (bons) voisins" !

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Et bientôt la "paix sociale"

Sommaire :

  • La fête des voisins : des valeurs altruistes à la capitalisation publicitaire
  • La preuve par l’image
  • Le poids des mots
  • “C’est la fête” !

    La fête des voisins, la fête des jardins, la fête du vélo, la fête des mères... qui/quoi n’a pas sa fête en ce moment ?
    « En mai, fêtes ce qu’il vous plait », titre Lille magazine.
    Enfin, ne croyez pas que le but de ces “fêtes” que nous proposent les institutions (mairies, ville de lille, conseils général et régional...) est de s’amuser, comme il nous plait, avec qui il nous plait et a fortiori quand il nous plait. La com’ abondante autour de ces évènements en dévoile les objectifs réels : redorer le commerce, les institutions et les valeurs familiales et/ou sécuritaires sous couvert de valeurs “positives” (vous savez, celles qui sont exploitées mièvrement dans Bienvenue chez les Chtis et récupérées par tous les annonceurs qui surfent sur son succès [1]).

    NB. Les textes entre guillements sont issus des sites web des évènements cités ; le gras et l’italique sont ajoutés par moi pour souligner certains passages.

    La fête des voisins : des valeurs altruistes à la capitalisation publicitaire

    Chaque année, le dernier mardi du mois de mai, le succès de cet évènement va croissant : de 10 000 participants en 1999 lors de sa première édition, il atteignait les 5 millions en 2007 (7 millions pour l’Europe), et s’étend bientôt « jusqu’au Japon ! »
    5 millions d’habitants partageant, ce jour de l’année et pas un autre, « un geste simple », visant à « favoriser la paix sociale » (sic) et porter des « valeurs positives » comme « les solidarités de voisinage en complément des solidarités institutionnelles et familiales » [2].

    Ce geste simple consiste à se rassembler, non pas pour parler des affaires de la rue, du quartier, de la cité... non, l’instant doit être « simple » et « convivial » : il s’agira donc de « boire l’apéritif » et/ou « partager un repas » avec ses voisins. Les sponsors officiels de l’évènement ne s’y sont pas trompé : ils s’appellent Monoprix, Pierre Martinet traiteur, Heineken, Uncle Bens, Amora ou encore Pizza Hut...

    On devine que la LCL, EDF, la Lyonnaise des eaux... sont plus intéressés par l’aspect “paix sociale”.

    Tout comme Monsieur ou Madame le maire, qui a tout intérêt à promouvoir cet évènement « en phase avec les préoccupations et les attentes des habitants ». Moyennant quelques centaines d’euros, l’association qui chapeaute la « Fête des voisins - Immeubles en fête ® » fournit tout le matériel de com’ nécessaire (affichettes, ballons, t-shirts...).
    Reste à donner l’autorisation d’occuper la rue (eh non, la rue n’est pas publique !)  [3] aux habitants ou aux partenaires privés - lesquels sont incités par l’association à participer à des « évènements de promotion » comme des « apéritifs géants » ou la « distribution d’échantillons de produits ».
    Et à déployer les forces de police qui veilleront à ce que seuls les “bons” voisins soient de la partie [4].

    Ces partenaires : « mairies, bailleurs sociaux et entreprises » confondus, peuvent ainsi, comme le souligne la plaquette publicitaire disponible sur le site Internet, « capitaliser sur un évènement reconnu d’utilité sociale » et « s’associer à une marque [5] très fortement médiatisée » : on apprend en effet dans le dossier de partenariat que la couverture médiatique de l’évènement est « valorisée à 6,5 millions d’euros » ! Je ne sais pas ce que ça veut dire, sinon qu’on se fout bien de notre gueule en affichant des valeurs altruistes, la solidarité, la convivialité, la proximité...

    La preuve par l’image

    Eh oui, si l’on s’arrête aux premières pages du site, on imagine une fête de village sympa et conviviale (quoiqu’en regardant bien on voit d’autres choses) :

    La plaquette PDF visant à attirer les partenaires dévoile quant à elle sans s’en cacher les dessous de la fête (ici, les bulles n’ont pas été ajoutées par moi !) :

    On peut même jouer à chercher les indices sur l’affiche officielle :

    Cerise sur le gâteau, on apprend dans ce même dossier que l’évènement coûte en publicité (et donc en pollution) 1 500 000 affiches, 4 500 000 tracts, 30 000 4 pages, 2 000 000 de cartes postales, 7 000 000 de mailings dans les boîtes aux lettres, 300 000 « objets divers de communication« ...

    Le poids des mots

    Il est assez frappant, à la lecture des pages et des pages com’ autour des différentes fêtes de ces mois de mai-juin qu’on multiplie pour le bonheur du peuple, de lire à peu près les mêmes phrases, les mêmes mots, les mêmes objectifs et motivations.

    Pour mieux comprendre ce que cela implique, on ira faire un tour du côté du Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels, de la Scop Le Pavé, Coopérative d’Education Populaire. Tous les concepts soulignés ici s’y trouvent épinglés : projet, citoyenneté, compétence, acteur, responsabilisation, participation... (Voir les notes de bas de page pour les définitions.)

    La fête des jardins ®

    A l’occasion de la Fête des jardins, la municipalité (ainsi que le Conseil Régional, le Conseil Général du Nord, la DIREN, la DRDJS, la Communauté urbaine de Lille...) nous enjoignent de célébrer les maigres espaces verts mis à disposition, comme pour les remercier de soigner si bien notre cadre de vie.

    L’évènement se veut lui aussi festif et convivial, conforme aux souhaits des administrés (« ce dont rêve un nombre croissant de citadins »).

    « Ce dispositif vise à favoriser et soutenir, en lien avec les collectivités, des projets [6] ou initiatives citoyennes [7] pour la nature en ville ».

    Un dispositif est un « ensemble d’éléments agencés en vue d’un but précis ». Quel est ce but ?
    Faire la fête ? Non, non, reprenez-vous !

    Le but est de « Sensibiliser les citadins et les rendre acteurs de leur cadre de vie », « en les responsabilisant vis-à-vis de leur environnement », « en favorisant la participation [8] citoyenne ».

    Là encore, vous devez être les acteurs consentants et réjouis des festivités proposées. C’est dans la bonne humeur que vous accueillerez, grâce à l’ambiance festive, les animations visant à vous faire entrer dans le crâne que vous devez respecter l’environnement, trier vos déchets et éviter le sur-emballage (comme si ce n’étaient pas les industriels qui en sont responsables).

    Un invité de marque - et tout à fait intègre (on lira avec intérêt le dossier de la Brique sur la SEN) positionné au « coeur » de la fête, là où se déroulera « le temps fort de la fête » (le parc Henri Matisse) vous a même concocté un divertissement tout à fait original : la Société des Eaux du Nord (SEN) vous fait « déguster » l’eau du robinet pour vous donner l’occasion de « démontrer [c’est vous l’acteur !] qu’il n’y a pas énormément d’écart de gout entre l’eau du robinet et l’eau en bouteille » [9].
    Si c’est vous qui le dites, alors la SEN a raison !

    Cette fête offre « une valorisation des collectivités et des projets par le caractère régional de l’opération et la labelisation ».

    Vous rendre “responsable” a donc pour but de « valoriser » les collectivités. S’il n’y a pas assez de nature en ville, vous ne pouvez en vouloir qu’à vous.

    Tout comme la “Fête des voisins ®” est un « label » ou « marque », décerné par une association aux intérêts douteux, le réseau « naturenville » profite de la fête des jardins pour médiatiser son « label » visant à donner aux « porteurs de projet » un « accès à un réseau de compétences [10] régionales »...

    Selon sa définition, un label est une marque distinctive, un critère de reconnaissance, de garantie, apposé sur un projet, certifiant sa qualité, décerné par un organisme parapublic ou reconnu.
    Quid de ces associations qui distribuent les labels tout en diffusant conseils et guides de bonnes pratiques aux collectivités comme aux particuliers (voir la note 3) ?

    Pour rejoindre le réseau naturenville, il faut monter un projet dont plusieurs modes de financement nous sont proposés dans un PDf en ligne. Parmi eux, des exemples indéniables en matière de responsabilité écologique, comme :
    - les trophées Valvert. Une société d’eau minérale. Tiens, ce ne serait pas un peu contradictoire avec l’animation-dégustation d’eau du robinet ?
    - la Fondation de France (à sa tête, des dirigeants de LVMH, LCL, Suez, le Crédit Agricole)
    - la fondation de l’éco-tartuffe Nicolas Hulot (lire le pacte contre Hulot et le pacte médiatique)
    - la Fondation Nature et Découvertes, la Fondation Yves Rocher... (sociétés très lucratives qui surfent sur la vague “nature” et écolo et se font de la publicité à travers ces fondations caritatives).

    Lille Magazine précise que « cette manifestation est organisée par la ville de Lille (oui oui, on l’a compris !) et la MRES dans le cadre de la fête nationale “Rendez-vous aux jardins ®” », elle-même sponsorisée par Gaz de France, LVMH, Ricola, Marie-Claire, l’Union Nationale des Entrepreneurs du Paysage...

    Mais n’en doutons pas, la fête sera forcément “écologique” : « Le parc Matisse étant labellisé “écologique”, il coule de source que la fête sera... écologique ! » [11] Voilà, détendez-vous, vous êtes dans une fête écologique, puisqu’elle a reçu un label, pas la peine d’exercer votre esprit critique...

    Tout le monde distribue des labels, même la Ville de Lille (cf. Lille magazine du mois de mai, p. 22) qui récompense des entreprises, des habitants, associations et institutions pour leurs initiatives et leurs valeurs écocitoyennes.

    Quand chacun aura reçu ou visera son petit label citoyen, nul doute que la paix sociale ne sera plus très loin. Avec un peuple aussi docile et gavé de divertissements, gouvernements et capitalisme pourront alors enfin réaliser leurs rêves les plus fous !

    La fête des rives de la haute-deule

    Quesako ?

    « Afin de partager avec les habitants cette métamorphose, Martine Aubry, Maire de Lille, a souhaité organiser en 2007 la fête des Rives de la Haute-Deûle. Né d’une véritable dynamique collective, cet événement entend cultiver toutes les dimensions du plaisir de vivre ensemble dans ces quartiers en renouvellement.

    Cette édition 2008 sera à nouveau un succès [là non plus il ne vous est pas permi d’en douter !] tant les projets se multiplient aujourd’hui entre Lille et sa commune associée de Lomme. Préparée depuis plusieurs mois grâce à l’implication forte des habitants, la fête se déroulera du 30 mai au 1er juin 2008, quai de l’ouest, place de la gare d’eau. Dans le village associatif, vous retrouverez des lieux d’information sur le projet urbain en complément de la réunion publique qui sera organisée avec les élus le vendredi 30 mai . Cette année encore, l’eau sera le thème commun de la fête. De multiples activités s’offriront à vous sur le petit ou le grand bras de la Deûle. » (Source : le site de la mairie de Lille).

    Là aussi, la fête, les nombreux concerts et animations, l’implication des habitants et des associations, ont pour but principal de faire passer le message et la publicité de la mairie.

    Pour conclure, je cite à nouveau le Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois :

    « Dans le nouveau système de “gouvernance” locale ou nationale, le pouvoir désigne des associations, convoquées en tant qu’expertes, chargées de représenter des intérêts particuliers et de valider des décisions politiques auxquelles elles sont faussement associées. L’impression de démocratie est sauve et le pouvoir peut prétendre qu’il a consulté, associé, fait “participer”, mais le pouvoir de modifier la politique définie en amont est à peu près nul ! »

    Alors attention à la récupération par les institutions et les associations (elles-mêmes souvent dépendantes ou manipulées par les institutions) - quand ce n’est pas une simple récupération commerciale (comme la fête du vélo, sponsorisée par la Fondation Française des Jeux, Vinci Park, Gitane, Aguidon Plus, les Végétaliseurs... et animée notamment par "fabricants et industriels, distributeurs et détaillants"...).

    La fête, celle qui ne sera pas polluée par des intérêts marketing, c’est celle que tu fais toi-même !.

     

    Publié le 30 mai 2008
    Mis à jour le 4 juin 2008
    Article consulté 3674 fois.

     


    Notes :

    [1] Comme les casinos Latouche qui en pleine page dans Lille Plus montrent une femme en robe de soirée, cornet de frites à la main, barrée du slogan « Le plus ch’ti des groupes de casinos, ch’est nous z’aut ! ». Voir les articles de La brique sur les vraies valeurs des casinos.

    [2] L’initiateur de la “Fête des voisins” en 1999 a aussi inventé la “Fête des familles”, qui rencontre beaucoup moins de succès. Familles de France, entre autres, fait partie des partenaires associatifs. Christine Boutin faisait l’honneur de sa présence lors de la conférence de presse sur la Fête des voisins.

    [3] Tout aussi infantilisant, les « 10 conseils pour réussir la fête » sur le site de l’asso : « discutez », « récupérez des affichettes dans un Monoprix », personnalisez les cartes d’invitation (heure et lieu de l’apéritif...), « attention aux problèmes de sécurité et... de voisinage » (sic) si vous faites la fête dans la rue, installez des chaises « notamment pour les personnes âgées », « ne restez pas dans votre coin » pendant la fête, soyez « acteur de la fête », soignez l’ambiance et enfin inscrivez-vous sur le site (pour recevoir des pubs ?).

    [4] Dans mon quartier, nous avons reçu un tract explicite parlant de police et de “bons voisins”...

    [5] L’inscription, payante, permet d’utiliser le “label” « Fête des voisins - Immeubles en fête ».

    [6] « Le coeur de la nouvelle culture capitaliste. Le “projet” apprend à travailler seul, à viser une production, c’est à dire à réaliser un produit. Le projet détruit le temps et le long terme. Il a un début et surtout une fin. Il est remplaçable par un autre. Pour le pouvoir, (très friand des projets) il transforme des relations politiques en relations marchandes car il permet d’acheter des prestations-produit en les déguisant en démarches. En management, “projet” remplace “hiérarchie”. » Voir la définition complète dans le Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels.

    [7] « Habilement confondue avec la “civilité”, la “Citoyenneté” détient le triste record du concept le plus galvaudé, récupéré, mis à toutes les sauces, pour justifier la soumission à la domination. On entend ainsi couramment proférée cette définition étrangement judiciaire, (voire policière) : « le citoyen est celui qui a des droits et des devoirs » - (on comprend surtout qu’il a des “devoirs”). La citoyenneté est fort habilement confondue aujourd’hui avec la civilité, (voire le civisme). Serait alors citoyen celui qui se tiendrait bien. Celui qui ferait du sport ou de la musique au lieu de brûler des voitures, bref, celui qui accepterait sans broncher – et autant dire “sportivement” sa condition de sans-avenir, de sans-emploi, de sans-espoir, de sans-argent…sa condition d’exploité, de dominé, d’aliéné, sans faire d’histoires, sans se rebeller. On ne connaît toujours qu’une seule voie d’accès à la citoyenneté : la participation au conflit social. Amener un jeune à devenir citoyen, c’est-à-dire sujet politique, c’est l’amener à participer au conflit social, à en comprendre le sens, à y prendre position. L’amener à taire sa révolte, c’est le contraire d’un chemin vers la citoyenneté. Les associations d’animation socioculturelle devraient y réfléchir à deux fois. » Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels.

    [8] « Remplace “soumission”, “approbation” ou “consultation-plébiscite”. Le fin du fin des pratiques anti-démocratiques est l’appel à la participation à condition de ne participer à rien et surtout pas risquer de changer une décision déjà prise. » Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels.

    [9] J’apprends dans Lille Plus du 3 juin qu’« à l’occasion des “Immeubles en fête”, les Eaux du Nord organisent un bar à eau pour les habitants de Wazemmes pour souligner l’importance de l’eau ». Tiens tiens...

    [10] « Permet de détruire la mobilisation collective au profit de l’individualisation des carrières. Directement importées des techniques du management libéral, les “compétences” ont avantageusement remplacé “la qualification” et “le métier” dans le langage des formateurs et des employeurs, (notamment associatifs). » Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels.

    [11] Lille magazine, mai, p.35.

     

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